L'histoire du traitement de texte


Le logiciel de traitement de texte est un outil indispensable dans notre quotidien. L'histoire de cet outil est intéressante. En effet, ce qui est aujourd'hui un logiciel est l'évolution d'un dispositif mécanique: la machine à écrire. Cet article relate l'évolution du traitement de texte, depuis ses origines jusqu'à nos jours.



Ère mécanique


L'écriture est une des premières inventions de l'humanité. Sa mécanisation a pu être réalisée grâce au travail d'inventeurs géniaux. La machine à écrire n'est pas apparue du jour au lendemain, mais émergea du travail de nombreux inventeurs qui ont chacun apporté leur pierre à l'édifice. En 1714, l'inventeur anglais Henry Mill déposa un brevet pour sa machine à imprimer des lettres. Ce brevet décrit l’invention comme « une machine artificielle ou méthode pour imprimer ou transcrire des lettres, les unes après les autres, comme par écrit, de sorte que toute écriture puisse être absorbée dans du papier ou parchemin si proprement et si exactement qu’elle ne peut pas être distinguée de l’impression ; que ladite machine ... peut-être d’une grande utilité dans les décrets et enregistrement publics, l’impression étant plus profonde et plus durable que toute autre écriture, et ne pas être effacée ou contrefaite sans être découvert ». Plus d'un siècle plus tard, William Austin Burt dépose à son tour un brevet pour une machine appelée typographe. Les caractères de cette machine étaient disposés sur une roue semi-circulaire qui tournait jusqu'à ce que le caractère souhaité fût en place. Celui-ci frappait alors la feuille de papier. Malheureusement, sa machine fût détruite dans l'incendie de son bureau en 1830. Qu'à cela ne tienne, Burt fabriqua lui même une réplique de du typographe. Mais son invention, plutôt en avance sur son temps est restée inaperçue durant des décennies, jusqu'à l'invention d'une génération de machine à écrire plus proche de ce que nous connaissons aujourd'hui.  

Vers la fin du 19e siècle, Christopher Latham Sholes créa la première machine à écrire qui peut être identifiée au premier regard. En son temps, le magazine "Scientific American" décrivit cette machine comme un "piano littéraire".

Le premier modèle possédait un clavier totalement différent des claviers AZERTY actuels. La disposition était la suivante:
3 5 7 9 N O P Q R S T U V W X Y Z
2 4 6 8 . A B C D E F G H I J K L M
Il n'y avait pas les chiffres 0 et 1 car les lettre O et I étaient utilisés à la place. 

Au fur et à mesure des améliorations, la machine à écrire de Sholes (et de ses partenaires Glidden et Soule) évolua vers un clavier de type QWERTY, pour améliorer la vitesse d'écriture.

Remington, aux USA, commença la production de cette machine à écrire en 1973, ce qui lança enfin la mécanisation de l'écriture.

La machine à écrire a été développée sur l'hypothèse que les opérateurs pourraient écrire plus vite et plus clairement qu'à la main. Cela a donné un véritable potentiel économique à la machine à écrire. Bien sûr, il fallait d'abord suivre une courbe d'apprentissage pour maîtriser son clavier. Cet effort d'apprentissage justifia la nécessité d’uniformiser le clavier des machines à écrire. D'où l'omniprésence des dispositions QWERTY, AZERTY (francophones) et QWERTZ (germanophones).

La machine à écrire mécanique proliféra et, après les années 1880, elle devint un outil indispensable. La création de nouveaux emplois, comme le secrétariat, permit de créer des emplois pour les femmes. A ce titre, nous pouvons dire que la machine à écrire (comme le téléphone) joua un rôle significatif dans la libération de la femme.

Ère électrique


Au début, les machines à écrire étaient lourdes et plutôt difficiles à utiliser. Il fallait en effet taper assez fort sur les touches. Une des solutions permettant de réduire la quantité de force nécessaire pour presser une touche fût l'utilisation de l'énergie électrique, une technologie qui était encore anecdotique au début du 20e siècle.  La Blickenderfer Electric fût présentée, à Buffalo, en 1901. Cette première machine à écrire électrique était en avance sur son temps. Tellement en avance que les systèmes de transmission électriques n'étaient pas encore standardisés à l'époque. Le fait que le voltage électrique soit différent d'une ville à l'autre causa certainement l'échec commercial de cette invention. Plus tard, l'énergie électrique continua à se développer et sa standardisation permit de développer le commerce des machine à écrire électriques. L'International Business Machines Corporation, plus connue sous le nom d'IBM, était une des compagnies actives dans le développement des équipements de bureaux. IBM connut un succès important avec ses machines à écrire Selectric. Ces machines n'étaient plus équipées de barres de caractères, mais d'une boule contenant tous
les caractères d'une langue. L'avantage de cette boule est qu'elle était facilement remplaçable par une nouvelle boule, ce qui permettait de modifier très rapidement la police d'écriture de son document. En 1964, IBM lança la MT/ST sur le marché : Magnetic Tape/Selectric TypeWriter, Cette machine permettait de sauvegarder le texte tapé sur une bande magnétique. Cela permettait de poursuivre la rédaction de son texte sur une autre machine à écrire ou d'envoyer la bande à une autre personne pour qu'il puisse l'éditer ou en faire des copies.

Ère électronique

Une fois que les premières machines électriques firent surface, les inventeurs commencèrent à les combiner avec les ordinateurs. Une des première expérimentations fût la Colossal Typewriter. Introduite en 1960, elle devint connue comme l'un des premiers traitements de texte informatiques. Ce système nécessitait la présence d'une machine à écrire électrique en entrée, d'un écran et d'un ordinateur. A noter que cet ordinateur ressemblait à une armoire de rangement, ce qui était commun à cette époque. Le premier traitement de texte était né. Dans les années 1970 émergèrent des versions plus compactes de la machine à écrire électronique. Et dans les années qui suivirent, la machine à écrire électronique devint un outil commun dans le monde du travail.
Un exemple de ces machines électronique est la Brother EP-20 qui a été commercialisée en 1983. Cette machine à écrire proposait un petit écran sur lequel le texte saisi apparaissait. Elle possédait une mémoire qui permettait d'enregistrer le texte et de réaliser des corrections, si nécessaires. Ces machines à écrire améliorées grâce à du logiciel embarqué devinrent plus connues sous le nom de traitement de texte. La mise en place d'un nouveau nom est d'ailleurs typique de ce genre de produit, pour lequel les fonctionnalités sont bien au dessus de celles de son prédécesseur.

Ère logicielle


Dans les années 1970, commença l’avènement des micro-ordinateurs, bientôt suivis par les ordinateurs personnels ou PC. La miniaturisation incessantes des microprocesseurs permit aux PC de devenir de plus en plus puissants. La mise à disposition de ces petits ordinateurs, avec écrans et imprimantes fut à l'origine du développement des traitements de texte logiciels. L'amélioration des processeurs et la richesse des logiciels permit aux PC de prendre une place importante dans le monde du travail. En conséquence, les fonctionnalités des machines à écrire électroniques basculèrent naturellement vers des applications logicielles et la digitalisation de l'écriture décolla. En devenant une application logicielle, le nouveau monde du traitement de texte commença à évoluer de manière exponentielle. Ce fut la fin des machines à écrire mécaniques et électroniques. Le clavier survécu toutefois, et devient un type de produit à part entière. AZERTY et ses variantes continuent à prospérer aujourd'hui, sur claviers ou écrans tactiles.

Le traitement de texte logiciel devint l'application la plus populaire des PC et augmenta considérablement la productivité au travail. En 1971, un tiers des femmes actives étaient secrétaires (USA). Comme les managers n'avaient pas le temps de se former à la dactylographie, les secrétaires prirent une place essentielle dans le monde du travail. Toutefois, l'avènement des traitements de texte, qui inclurent rapidement des systèmes de correction orthographique, minimisa la spécificité du travail de secrétaire. La demande en dactylographes diminua alors doucement mais sûrement.


L'utilisation des traitement de texte augmenta rapidement. Commença alors une concurrence entre éditeurs de logiciels. Dans les années 1980, une douzaine de marques commercialisaient des traitement de texte. WordStar devint le premier leader en 1979, bientôt remplacé par WordPerfect en 1985. Le point d'orgue de cette expansion fût 1986, où 57 marques de traitements de texte étaient commercialisées en parallèle. Des fonctionnalités firent progressivement leur apparition, polices multiples, vérification orthographique puis grammaticale, liste des synonymes, mise en place, multiples formats de sauvegarde ... WordPerfect utilisait une méthode code-balisage assez proche de ce qui se fait en HTML aujourd'hui. La version 5.1 de WordPerfect proposa le mode "aperçu avant impression" qui permettait de voir le rendu du texte sans les codes-balises. A cette époque, l'aperçu avant impression était présenté comme WYSIWYG (What You See Is What You Get - Ce que vous voyez est ce que vous obtenez). C'était une fonctionnalité unique, à cette époque où l'interface graphique n'était pas encore standardisée.

Au fur et à mesure des années, de plus en plus de fonctionnalités vinrent enrichir ces traitement de texte, continuant ainsi à améliorer la productivité des utilisateurs. Celles-ci incluent le travail collaboratif, la génération des tables des matières, le contrôle des versions ... En parallèle de l'évolution des PC et des traitements de texte, les imprimantes devinrent de plus en plus abordables. En particulier, l'expansion des imprimantes laser ou à jet d'encre permit aux utilisateurs d'imprimer des documents avec des polices très fines. Tout cela scella (!) le destin des machine à écrire. Même si elles n'ont pas totalement disparu, les machines à écrire ont perdu leur utilité. La commercialisation de modèles rétro, fonctionnant comme clavier d'ordinateur, confirment leur statut de pièce de musée. 


Le futur ?

Depuis des années, de nombreux professionnels, comme les avocats, docteurs ou traducteurs, utilisent des logiciels de conversion du langage parlé vers l'écrit pour gagner en productivité.

Récemment, l'intelligence artificielle est entrée dans le monde de l'écriture en permettant des fonctionnalité d'écriture prédictive. Le logiciel est capable d'apprendre de vos habitudes et, grâce à des réseaux de neurones, de prédire le prochain mot que vous aller taper. Cette application est d'abord apparu sur les smartphones, où l'utilisation du clavier n'est pas optimale. A noter qu'elle est à double tranchant. En effet, l'écriture prédictive peut booster votre productivité mais elle peut également produire des phases assez étranges. Les utilisateurs doivent donc faire attention et vérifier ce qu'ils ont écrit avant d'envoyer leur message. Un exemple de ce type de logiciel est SwiftKey. Publié en 2008, il a été acheté par Microsoft en 2016. On peut sans trop de risque conclure que l'écriture prédictive fera partie des fonctionnalités des prochaines version de Microsoft Word. 

Quoi que fasse Microsoft de cette acquisition, il n'y a pas de raison que l'évolution de l'écriture s'arrête ici. L'intelligence artificielle étant le nouveau domaine à la mode, il semble logique qu'elle affecte l'évolution de l'écriture. Tout cela n'est qu'une question de temps avant qu'un nouveau nom et nouveau type de produit émerge.     

Conclusion

Le traitement de texte n'est pas apparu subitement. Il tire son origine d'une série d'innovations qui ont amélioré la productivité dans l'écriture. La machine à écrire mécanique a été un ancêtre important dans son arbre généalogique. La machine à écrire a ensuite évolué, en faisant bon usage des technologies qui avaient été développées à l'époque pour d'autres usages. En un siècle, de nombreux produits intermédiaires ont évolué, et sans que cela ne soit préparé, ont ouvert la voie au traitement de texte. 

Un peu comme pour la biologie, l'environnement a joué un rôle crucial dans l'évolution du traitement de texte. Les développements économiques et sociaux, comme la libération de la femme, ont avancé main dans la main avec l'avènement des nouvelles technologies, comme la machine à écrire ou le téléphone. Plus tard, l'essor des PC et du traitement de texte changea à nouveau le monde du travail. L'environnement de bureau, dans lequel beaucoup de personnes travaillent affecte l'émergence et l'évolution des ces produits. Cet environnement semble être une partie intégrante de l'évolution de la machine à écrire et du traitement de texte.


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